Durga : Déesse de la guerre, déesse de la paix

Les figures de la Grâce

Durga : la puissance paisible et protectrice

Dans la mythologie hindoue, Durga incarne la puissance protectrice, la femme guerrière et aimante à la fois. Son nom signifie « celle qui est difficile à approcher ». Une guerrière redoutable, mais aussi une mère universelle, pleinement enracinée dans son amour pour l’existence.

Durga émerge lorsque le monde bascule dans le chaos crée par le démon Mahishasura. Les dieux, dépassés par sa force, allèrent trouver les trois puissances Brahma, Vishnu et Shiva pour leur venir en aide. Durant leur réflexion, une terrible tempête éclata, de laquelle jaillit une magnifique jeune femme montée sur un tigre . Chaque dieu lui offrit un pouvoir et de puissantes armes. Dôtée de ces atouts divins, elle vainquit Mahishasura et ramena la paix sur la terre.

Durga incarne la force de la conscience, capable de dompter les forces obscures : les peurs et les illusions (Mahishasura). Elle manie dix armes offertes par les dieux, symboles de qualité intérieure et de détermination, pour rétablir l’équilibre. Elle est le symbole de la victoire du dharma (l’ordre) sur l’adharma (le désordre).

Elle est aussi Shakti, l’énergie sacrée qui anime la création. À travers elle, la féminité prend toute sa puissance : douce, empathique, ET terriblement résiliente car elle transforme l’épreuve du combat en force vivante, sans se durcir, sans se dissocier, sans devenir amère. Durga entre dans la bataille avec foi.
Elle ne se brise pas : elle s’adapte, sans se trahir.
Elle ne se venge pas : elle protège sans haine.
Elle affronte les forces du chaos, mais garde sa sérénité. Durga reste reliée à son cœur même dans l’action tranchante.

La symbolique de Durga dans notre pratique

Dans la pratique des asanas, s’inspirer de Durga, c’est embrasser deux dimensions :

  • L’ancrage 
    Durga est ferme (rétablir l’harmonie sur terre en se confrontant à Mahishasura), stable (elle reste focalisée sur sa mission), prête à résister à toute tempête (elle s’engage dans le combat). C’est notre Muladhara chakra qui est nourrit par cette inspiration.
  • L’aspiration vers la lumière
    Durga n’est pas une guerrière destructrice. Elle vient rétablir l’harmonie, remettre de l’amour et de la vérité en éliminant le chaos. Ce don de soi pour transmuter le chaos en amour nourrit profondément notre Anahata Chakra.

Appeler Durga pendant un asana (comme Virabhadrasana • le guerrier), permet de cheminer avec dignité et ouverture. La rugosité des défis se traverse avec grâce, la présence intérieure grandit. Symboliquement, Durga nous dote d’outils précieux (les armes des dieux) pour vaincre nos parts d’ombre : « le détachement contre l’égoïsme, la connaissance de soi contre la colère, la générosité contre l’avidité ou la rancune, le discernement contre le préjudice… » (source).

Nourrir Durga en soi dans notre quotidien

Durga par ses qualités, nous invite à rester calme et ferme, centré dans notre hara lorsque nous sommes confrontés à ce qui tente de s’emparer de notre cœur. Le combat ne prend pas naissance dans un désir de victoire, mais dans le but de rétablir l’équilibre, l’harmonie. Et c’est là toute la force de Durga : agir sans perdre son centre, se battre sans haine, agir pour le maintien du vivant sans se perdre dans la violence des forces obscures.

Retrouver notre souveraineté

Durga est là pour nous enseigner que la souveraineté n’est pas un rôle social mais un état intérieur, un point de gravité (notre hara) qui ne dépend de rien ni de personne. Nous n’avons plus à justifier d’un « non », plus besoin d’attendre de l’extérieur une validation de notre « oui ». Nous savons, intuitivement, ce qui et aligné. Alors nous pouvons avancer, même seul.e.

Durga nous chuchote : “Tu n’as besoin de ressembler à personne. Tu as besoin de te rappeler qui tu es.”

Et grâce à ses qualités intériorisées, nous entrons dans l’arène avec lucidité, force tranquille, et le cœur vibrant.

Dans une époque où tant de gens confondent paix avec passivité, et tout comme Colette Poggi dans « La Bhagavad Gita ou L’art d’agir », Durga nous rappelle ceci :

Agir avec clarté, ce n’est pas rompre la paix.
Refuser l’inacceptable, ce n’est pas être “dans l’ego”.
Tenir une posture juste, même seule, c’est déjà être en prière.

Ses figures archétypales

Durga est le pendant de Rama, ce guerrier dharmique, protecteur du monde, qui agit pour restaurer l’ordre, non par violence, mais par fidélité au juste.
Elle rejoint aussi Sekhmet, la lionne d’Égypte, à la fois destructrice et guérisseuse, incarnation de la rage sacrée au service de l’équilibre du monde.
Dans notre culture judéo-chrétienne, Durga résonne avec Jeanne d’Arc, appelée à défendre une cause supérieure, portée par une voix intérieure, indéracinable.
Et comme Athéna, elle incarne une sagesse stratégique, protectrice des cités, capable d’agir avec calme, autorité, et discernement.

La férocité qu’on leur prête parfois • telle Kali, le double radical de Durga • n’est pas là par goût du conflit, mais par nécessité vitale :
Celle de trancher l’ego dominateur, d’écarter les forces qui cherchent à écraser pour leur seul profit. Et dans notre monde actuel si troublé, s’enraciner dans nos « Durga intérieures », c’est s’offrir des racines profondément nourrissantes. Des racines qui tiennent même quand tout vacille.
Des racines qui ne cèdent pas à la peur.
Des racines qui savent quand agir… et quand veiller, dans la paix.

Durga ne détruit jamais pour régner, elle détruit pour restaurer la vie.
Elle ne nous rend pas invincible, elle nous rend inaliénable.


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