Dans son ouvrage S’estimer et s’oublier, Christophe André nous invite à sortir de cette boucle épuisante de l’auto-évaluation permanente, pour cultiver une estime de soi juste, sereine, ancrée. Une estime qui ne cherche pas à briller, mais à respirer. Une estime qui permet l’ouverture à l’autre, parce qu’elle n’a plus besoin de se défendre.
À travers ce regard, s’estimer et s’oublier ne sont pas des gestes opposés. Ils sont les deux souffles d’un même mouvement : celui de la rencontre véritable avec soi… et avec le monde.
Et c’est ici que le Bhakti Yoga, voie de la dévotion, vient éclairer notre chemin intérieur.

L’estime de soi : entre solidité intérieure et désencombrement de l’ego
Christophe André décrit une estime de soi saine comme un équilibre délicat entre s’affirmer et s’oublier. Il ne s’agit pas de se nier, ni de se glorifier, mais d’habiter sa juste place avec douceur et lucidité.
« L’estime de soi n’est pas une idole à vénérer, mais une boussole intérieure qui nous guide vers la paix et la justesse. »
S’oublier, dans ce contexte, ne veut pas dire s’effacer. Cela signifie cesser de se placer au centre de tout, d’être obsédé par son image, son impact, sa performance. C’est faire de la place, en soi, pour plus grand que soi.
Et c’est exactement le cœur du Bhakti Yoga.
Bhakti Yoga : la voie du cœur décentré
Dans la tradition du yoga, Bhakti est la voie de la dévotion. Non pas au sens religieux étroit, mais comme une offrande de soi à quelque chose de plus vaste : la Vie, le Divin, l’Amour, le Mystère.
Le Bhakti Yoga ne nie pas l’ego, mais l’apprivoise avec tendresse. Il invite à passer du « je » contracté au « tu » émerveillé. À sortir de la volonté de contrôle pour entrer dans une relation de confiance, de gratitude, de lien.
C’est une voie d’humilité joyeuse. Une voie dans laquelle s’oublier devient une grâce, et non une perte.
« Je ne suis pas au centre du monde. Mais je fais partie d’un tout vibrant, intelligent, aimant. Et cela me suffit. »
Écouter ses besoins… et entendre ceux de l’autre
Dans nos sociétés, on nous encourage à « écouter nos besoins » — ce qui est fondamental. Trop de personnes vivent encore dans l’oubli de soi, dans le sacrifice permanent, dans une posture d’invisibilité.
Mais une écoute de soi qui tourne en boucle, sans s’ouvrir à l’autre, devient vite un repli. On confond alors soin de soi avec culte de soi.
Or, le véritable soin de soi inclut le soin de l’autre. Il ne se fait pas contre, ni sans. Il naît d’une écoute élargie : celle du vivant, du lien, de l’espace partagé. Être à l’écoute de ses besoins, c’est aussi apprendre à ne pas ignorer ceux de l’autre.
« Quand je me reconnais comme être vulnérable et digne, alors j’apprends à reconnaître la vulnérabilité et la dignité de l’autre. »
Et c’est ici que le Bhakti Yoga transforme notre relation au monde.
Quand la psychologie rejoint la spiritualité
Christophe André écrit, en psychologue :
« S’estimer, ce n’est pas penser constamment à soi, c’est pouvoir penser librement à autre chose que soi. »
Le Bhakti yogi dirait : « Quand le mental cesse de tourner sur lui-même, le cœur s’ouvre à la Présence. » Dans les deux cas, il s’agit de désencombrer l’espace intérieur, non pour se dévaloriser, mais pour se relier. La vraie estime de soi n’est pas un repli, mais un tremplin vers l’autre. Une paix intérieure qui devient source de compassion, de service, d’offrande.
Bhakti Yoga : la tendresse du cœur tourné vers l’autre
Le Bhakti Yoga est la voie de la dévotion, non dans le sens d’une soumission aveugle, mais dans celui d’un amour humble et libre. Un amour qui ne cherche pas à posséder, mais à offrir. Un amour qui ne cherche pas à être aimé, mais à aimer — et dans cet élan, se pacifie.
La Bhakti est un mouvement de cœur qui dit :
« Je m’honore… et je t’honore. Je prends soin de moi… pour mieux pouvoir prendre soin de toi, et à travers toi, du monde. »
En Bhakti, l’autre n’est pas une menace, un concurrent ou une variable d’ajustement. L’autre est une porte vers l’infini, une chance de se décentrer, un rappel vivant que nous ne sommes pas seuls, ni séparés.
Mais l’autre est aussi — et peut-être surtout — un miroir sacré. À travers lui, émergent parfois nos propres blessures, nos manques, nos colères, nos jalousies ou nos fragilités. Ce phénomène de projection, bien connu en psychologie, est aussi un enseignant spirituel profond : ce que je reproche à l’autre, ce qui m’irrite ou me heurte chez lui, dit souvent quelque chose de moi. De mes peurs, de mes insécurités, de la place de mon ego dans la relation.
Le Bhakti Yoga nous invite à honorer ces reflets, non à les fuir. À ne pas accuser, mais à observer. Non pour se juger, mais pour grandir. Ainsi, l’autre devient un révélateur d’ombre… et donc un guide de lumière.
L’autre, dans sa différence, me révèle ce que je n’ai pas encore accueilli en moi. C’est pourquoi le lien, même conflictuel, est sacré dans le Bhakti Yoga : parce qu’il nous offre une occasion d’aimer plus grand, plus vrai, plus clair.
La projection révèle l’ombre… et ouvre à la compassion
Lorsque l’autre nous irrite, nous déçoit, nous dérange, c’est souvent notre part non aimée qui réagit. C’est pourquoi la relation amoureuse est l’un des lieux les plus puissants de transformation intérieure : elle met à nu nos mécaniques les plus archaïques, nos boucles de contrôle, notre peur de dépendre ou d’être vulnérable.
Reconnaître que l’autre ne fait que réveiller une mémoire, et non en créer une nouvelle, permet de sortir de l’accusation pour entrer dans la responsabilité émotionnelle.
Si je crois que c’est “l’autre le problème”, je me bats. Si je vois que c’est une mémoire en moi, je guéris.
L’amour Bhakti : aimer l’autre comme une porte vers le Divin
Le Bhakti Yoga nous enseigne une autre forme d’amour : aimer l’autre non pas pour ce qu’il nous donne, mais pour ce qu’il révèle. L’amour devient alors une offrande, une voie d’humilité. On n’aime plus “pour recevoir”, mais “pour grandir ensemble”.
Cela ne veut pas dire accepter l’inacceptable ni rester dans des relations toxiques. Cela signifie que chaque relation est un terrain sacré de connaissance de soi et de l’autre, où le cœur apprend à aimer au-delà de l’égo blessé.
Aimer, ce n’est pas s’accrocher à l’autre.
C’est le remercier pour tout ce qu’il vient éveiller en nous.
Mais aimer, ce n’est pas non plus fuir la relation, sous prétexte de liberté ou de spiritualité.
Le véritable amour ne se cramponne pas… mais il demeure.
Il reste présent, même dans le tumulte.
Il regarde avec courage ce que la relation met à nu.
Il ne s’enfuit pas face aux ombres, ni ne consomme l’autre comme un antidote à ses manques.
Aimer, c’est habiter l’espace de la relation comme un sanctuaire d’évolution,
où l’on apprend, peu à peu, à voir l’autre non comme un refuge, ni comme une menace, mais comme un miroir sacré et une porte vers plus vaste que soi.
Aimer : un chemin d’estime, d’humilité et de dévotion
Ce que Christophe André nous rappelle dans S’estimer et s’oublier, c’est qu’une estime de soi véritable ne repose ni sur la domination, ni sur la dépendance, mais sur une présence lucide à soi, assez stable pour ne pas s’effondrer dans la relation… et assez souple pour ne pas s’y enfermer.
Le Bhakti Yoga, quant à lui, nous offre une vision sacrée de cette relation : il ne s’agit plus d’aimer pour se rassurer ou se valoriser, mais d’aimer pour servir l’éveil, en soi et chez l’autre. L’amour devient alors une voie intérieure, un espace où s’estimer et s’oublier se rejoignent dans la dévotion vivante.
Car aimer, ce n’est pas s’accrocher à l’autre, ni fuir la relation sous prétexte de liberté. Aimer, c’est rester là, dans la vérité du lien, même quand il met nos ombres à nu.
C’est reconnaître que l’autre est un miroir, souvent inconfortable, mais toujours précieux. Que l’amour n’est pas un refuge contre soi-même, mais une pratique spirituelle où chaque mot, chaque silence, chaque frottement peut devenir offrande.
Ainsi, la relation amoureuse devient ce que Christophe André appelle « un lieu de maturation personnelle », et ce que le Bhakti Yoga nomme « un chemin vers l’union divine ».
Quand nous cessons de demander à l’autre de réparer nos blessures, et que nous le remercions pour tout ce qu’il vient réveiller en nous, alors nous entrons dans l’amour humble, solide et sacré.
Un amour qui ne se prouve pas, mais se pratique.
Un amour qui ne se possède pas, mais se partage.
Un amour qui ne vient pas remplir un vide, mais révéler une plénitude.

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